abFab Il y a 216 jours
Billet passionnant du début jusqu'à la fin, y compris dans les commentaires, mais à lire à tête reposée.
Et si le titre focalise sur la botion de fétichisme, moi je retiens surtout l'application du sur-travail au web 2.0... j'avais jamais rapproché les deux (et pourtant des raisonnements tordus -mais pertinents heing- j'en ai fait)... mais là putain, en plus ça coule de source (enfin presque)... comme ils est dit dans le texte : "Ici, le concept marxien qui s’avère utile est celui de « surtravail ». Ce n’est pas un concept abscons : il signifie « la partie du travail qui, tout en produisant de la valeur, ne se traduit pas en salaire mais en profit pour le patron, en tant que propriétaire des moyens de production »." Ce qui est plus en adéquation avec l'application au Web 2.0 que la définition donnée par Carlo Cafiero dans son abrégé du Capital (vous croyez quand même pas que j'ai lu Marx dans le texte) (à part le Manifeste entre deux cuites étudiantes, c'est vrai) : "le travail par lequel on reproduit la valeur du salaire est dit travail nécessaire, tandis que le travail qui produit la plus-value s'appelle surtravail".
Et la spécificité du web2.0 est que le consommateur est aussi un employé dont le travail, qui n'est jamais converti en salaire, sert uniquement à générer de la plus-value pour le proprio (facebook, myspace, etc...).
Mais en fait le mec il l'explique mieux que moi:o)))
"Fétichisme digital aidant, on a parfois tendance à oublier que les grosses firmes new-age type Amazon ou Apple sont aussi néfastes que leurs aînées clairement industrielles. Pour y voir plus clair, Wu Ming 1, membre italien de la belle famille politique et littéraire des Wu Ming, s’est brillamment et longuement penché sur la question. Une traduction de l’ami Serge Quadruppani.
[...]
Prenons l’exemple de Facebook. Pas parce que les autres réseaux sont « moins sauvages », mais parce que pour le moment, c’est le plus gros, celui qui fait le plus d’argent et qui est – comme le démontre la très récente vague de nouvelles options et applications – le plus enveloppant, invasif et expansionniste. Facebook avance comme s’il voulait englober tout le net, se substituer à lui. C’est le réseau social par excellence, donc, il nous fournit l’exemple le plus clair.
Tu es l’un des sept cents millions d’usagers de Facebook ? Bien, cela veut dire que presque chaque jour, tu produis des contenus pour le réseau : contenus de tout genre, en particulier des contenus affectifs et relationnels. Tu fais partie du general intellect de Facebook. En somme, Facebook existe et fonctionne grâce à des gens comme toi. De quoi Facebook est-il le nom, sinon de cette intelligence collective qui n’est pas le produit de Zuckerberg et compagnie, mais des usagers ?
Sur Facebook, tu fais du travail. Tu ne t’en rends pas compte, mais tu travailles. Tu travailles sans être payé. Ce sont d’autres qui se font de l’argent avec ton travail.
Ici, le concept marxien qui s’avère utile est celui de « surtravail ». Ce n’est pas un concept abscons : il signifie « la partie du travail qui, tout en produisant de la valeur, ne se traduit pas en salaire mais en profit pour le patron, en tant que propriétaire des moyens de production ». Quand il y a du profit, cela veut dire qu’il y a du surtravail. Autrement, si toute la quantité de travail était rémunérée sur la base de la valeur qu’elle a créée, eh bien… ce serait le communisme, la société sans classes. Il est clair que le patron doit payer en salaires moins que ce qu’il va tirer de la vente des marchandises. « Profit » signifie cela. Ça signifie payer aux travailleurs moins que la valeur réelle du travail qu’ils accomplissent. [...]
Sur Facebook, ton travail est tout entier surtravail, parce qu’il n’est pas payé. Zuckerberg chaque jour vend ton surtravail, c’est à dire qu’il vend ta vie (les données sensibles, les caractéristiques de ta navigation, etc.) et tes relations, et gagne quotidiennement pas mal de millions de dollars grâce à elles. Parce que lui est propriétaire du moyen de production, toi non. L’information est marchandise. La connaissance est marchandise. Et même, dans le postfordisme, ou quel que soit le nom que nous voulons donner au présent stade du capitalisme, c’est la marchandise des marchandises. L’information est force productive et marchandise à la fois, exactement comme la force de travail. La communauté qui utilise Facebook produit de l’information (sur les goûts, sur les modèles de consommation, sur les tendances du marché) que le patron empaquette sous forme de statistiques et vend à des tiers et/ou utilise pour personnaliser la publicité, les offres et transactions de divers genre. En outre, le même Facebook, comme représentation du réseau de relations le plus étendu de la planète, est une marchandise. L’entreprise Facebook peut vendre des informations seulement si, en même temps et sans relâche, elle vend cette représentation d’elle-même. Une telle représentation aussi est due aux usagers, mais celui qui remplit son compte en banque, c’est Zuckerberg.
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